Table ronde : Mobilité et ENT « Apprentissages et supports mobiles individuels : quelle place pour l’ENT ? »

Table ronde :  Mobilité et ENT « Apprentissages et supports mobiles individuels : quelle place pour l’ENT ? »

14h00-15h15  Chapiteau jardin

Problématique :

Les logiques d’équipement collectif en établissement sont aujourd’hui complétées par des projets d’équipement individuel des élèves et de leurs enseignants. Les espaces numériques de travail offrent des bouquets de services en ligne dans une grande majorité d’établissements du second degré. Les usages de l’ENT sur support mobile sont donc une perspective à court terme, voire une réalité dans certains territoires. Par ailleurs, l’extension de la logique d’authentification unique de l’ENT à l’accès aux applications mobiles éducatives semble être une évidence pour les usagers. Comment l’équipement mobile individuel interroge le concept d’ENT ? Quel(s) est(sont) les rôle(s) de l’ENT pour mettre ces équipements au service des apprentissages ? Quelles exigences pour les projets territoriaux ?

Intervenants :
Marie Deroide DNE, Arnaud Cano Conseil Général du Tarn, Martial Pinkowski enseignant en EPS, Hugues Laffez enseignant en technologie et Amandine Royer Société EduPad.

Modérateurs :
Christophe Batier et Jean-Marie Gilliot

Synthèse Caroline Jouneau et Audrey Miller

En matière d’équipements numériques à l’école, les temps sont en train de changer. Les logiques d’équipement collectif des établissements sont en effet aujourd’hui complétées par des projets d’équipement individuel des élèves et de leurs enseignants. Aux désormais traditionnelles salles informatiques s’adjoignent des flottes de tablettes. Par ailleurs, les espaces numériques de travail (ENT) offrent des bouquets de services en ligne dans une grande majorité d’établissements du second degré. Les usages de l’ENT sur support mobile sont donc une perspective à court terme, voire une réalité dans certains territoires.

Comment l’équipement mobile individuel interroge-t-il le concept d’ENT ? Quel(s) est(sont) les rôle(s) de l’ENT pour mettre ces équipements au service des apprentissages ? Quelles exigences pour les projets territoriaux ? Telles étaient les questions posées au départ de cette table ronde par Christophe Batier et Jean-Marie Gilliot.

L’ENT, le bureau personnel de l’élève

Le premier intervenant, Hugues Laffez, enseignant en technologie, rappelle qu’au début, on avait un cartable numérique s’appuyant sur l’ENT. En évoluant, on s’en est détaché notamment pour utiliser les applications natives de la tablette et celles offertes par les éditeurs. Certains outils sont toujours utilisés via l’ENT, comme les outils de communication, ce qui constitue un arrimage entre les deux. Quelle est la plus-value des ENT dans cet écosystème ?

Pour Hugues Laffez, l’ENT peut continuer à servir pour la communication, la consultation des notes et les groupes de travail pour partager les productions. Pour le deuxième intervenant, Martial Pinkowski, enseignant en EPS et développeur d’applications mobiles pour l’EPS, l’ENT en éducation physique devrait faire partie d’« un écosystème autour de la pratique sportive accompagnée par le numérique ». La plus-value d’un ENT en EPS comme ailleurs, c’est le fait de garder des traces, ce qui permet un retour sur la pratique. Ces retours sont possibles grâce à des applications installées sur la tablette qui permettent de mesurer, d’observer, de discuter autour de ces observations. C’est avec cette accumulation d’informations qu’on peut dresser un bilan, faire des statistiques qui parlent à l’élève. Les données s’accumulent hors ligne, mais une fois connecté, elles pourraient être poussées dans le dossier de l’élève sur l’ENT.

L’ENT devient alors une sorte de bureau de l’élève, comprenant un accès aux outils et un portfolio. Il pourrait également proposer un système de gestion des fichiers. En effet, l’un des problèmes majeurs de la tablette dans son état actuel est la difficulté de gérer les documents et le stockage. Un document produit par un élève est accessible à tous les autres utilisateurs de la tablette, et inaccessible par l’auteur lorsqu’il n’a pas la tablette à disposition. L’exemple de la vidéo est parlant : comme le rappelle Martial Pinkowski, elle est souvent la porte d’entrée de la tablette, mais elle soulève la question du droit à l’image. Il propose un système qui permet de « tagger » les images afin qu’elles se retrouvent uniquement dans le dossier des élèves concernés, sans qu’aucun autre ne puisse y avoir accès. Mais après tout, l’ENT pourrait jouer ce rôle d’espace personnel de stockage. Les autres intervenants sont d’accord sur le fait que le stockage des fichiers des élèves est un problème pour le moment, et qu’on gagnerait à définir les besoins dans ce domaine et à les ajouter rapidement dans le cahier des charges de l’ENT. Actuellement, beaucoup d’enseignants se tournent vers des solutions « back office » comme DropBox, beaucoup plus fluides mais qui font fi de la législation sur les données personnelles et les droits d’auteur.

L’ENT, un outil qui s’adapte à chacun ?

 Amandine Royer, de la société EduPad, soulève une autre spécificité de l’ENT. Il différencie les rôles de ses utilisateurs, et leur propose après connexion une interface et des fonctionnalités différentes. Il permet donc également de déployer des ressources adaptées au niveau de l’élève. Il est donc un outil d’individualisation. Elle pousse le raisonnement jusqu’au matériel : chaque élève pourrait accéder à l’ENT avec son matériel personnel, tablette, smartphone ou ordinateur portable. C’est la logique du BYOD (Bring your own device, apportez votre propre matériel). Pour Arnaud Cano, du Conseil Général du Tarn, qui n’est pas défavorable à cette idée, elle suppose tout de même de résoudre la problématique de la façon de gérer cette variété de technologies et de matériel. L’ENT a peut-être un rôle à y jouer, et il se doit déjà d’être “responsive”, c’est-à-dire de s’adapter à tous les supports (téléphone, tablette, ordinateur).

Marie Deroide, de la DNE (Direction du Numérique pour l’Education), intervient ici sur le fait que la dynamique change. La nouveauté ne vient pas tant de la mobilité que du fait qu’avec les tablettes, l’équipement devient individuel. Comment faire alors pour reconnaître le propriétaire de l’équipement comme appartenant à un établissement, à un groupe, etc… Et comment permettre à chaque individu, quel que soit son équipement, son contexte, d’accéder à ses ressources ? L’ENT a vraisemblablement son rôle à jouer dans la mise en relation de l’individu avec les différents cercles de la communauté éducative, à commencer par ses pairs pour développer le travail collaboratif.

Mobilité et déconnexion

L’une des spécificité des supports mobiles, c’est qu’ils sont souvent déconnectés. C’est le cas en EPS, lors des voyages scolaires ou des sorties pédagogiques, voire même au sein des établissements qui sont rarement dotés de wifi. Comment l’ENT peut-il gérer ce mode déconnecté ?

D’après Amandine Royer, le mode déconnecté est l’une des forces d’Edupad : toutes les applications sont conçues pour fonctionner hors connexion. Pour l’ENT, la question est difficile : il faut pouvoir synchroniser les informations lors d’une connexion, ce qui n’est techniquement pas si simple.

Hugues Laffez explique le fonctionnement de ses tablettes avec l’ENT Itop du CG06 : les groupes de travail sont accessibles par le protocole webdav. Une fois les tablettes configurées, l’utilisateur se connecte à son groupe de travail avec ses identifiants de l’ENT. Cela permet d’envoyer les productions dans le groupe de travail, et après modération de l’enseignant, tout le groupe accède au document ou récupère le travail. Pour Martial Pinkowski, les profs d’EPS se posent la question de la connexion/déconnexion depuis le début du numérique. Dans une application, les contenus sont à l’intérieur de l’application et non dans la galerie publique, et l’élève les retrouve facilement.

On ressort de cette table-ronde avec le sentiment que les fabricants d’ENT ont encore du pain sur la planche : connexion unique, gestion des traces et des documents, travail collaboratif et gestion des groupes, adaptation aux différents supports, mode déconnecté … sans compter l’accessibilité aux différents handicaps, les chantiers sont nombreux ! Souhaitons-leur bon courage, et suggérons-leur d’intégrer des enseignants et, pourquoi pas, des élèves à leurs groupes de conception, de façon à enfin adapter les ENT aux besoins de leurs utilisateurs individuels qui, eux, sont mobiles.

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