Table ronde : « Ressources numériques, entre consommation et création : de quel côté les enseignants vont-ils ou doivent-ils aller » ?

Table ronde : « Ressources numériques, entre consommation et création : de quel côté les enseignants vont-ils ou doivent-ils aller » ?

9h00-10h30 Chapiteau jardin

Problématique :

Aujourd’hui, les faits sont là : les enseignants sont des « bricoleurs », au sens noble du terme ; les enseignants, sans s’en apercevoir, sont déjà des créateurs lorsqu’ils fabriquent leurs supports de cours. Mais est-ce bien la majorité ?
Dans une culture des programmes où les manuels scolaires sont toujours omniprésents dans le cartable du prof et dans celui de l’élève, quelle marge de manœuvre ont les enseignants pour laisser place à leur créativité ?
Dans un univers où la ressource foisonne, il n’est souvent pas facile de faire son choix et l’enseignant semble manquer de temps. Pourtant, les modèles collaboratifs d’échanges et de partages de ressources, bien que l’enseignant soit encore peu « partageur », semblent se développer.
Consommer pour mieux créer, est-ce bien la mission du prof ?

Intervenants :
Kristophe Léonard enseignant premier degré Ariège AC Toulouse, Sylviane Levy enseignant-chercheur à l’Université Autonome de Mexico, Jennifer Elbaz société BrainPop et Alain Thillay DNE.

Modérateur :
Michel Guillou, consultant et observateur

 synthèse par Audrey Miller et Sébastien Reinders

La thématique des ressources numériques, de l’usage et de leur mise en place dans les apprentissages est récurrente dans la programmation de Ludovia. elle est transversale à d’autres thématiques et même si elle est généralement porteuse de consensus, elle n’en reste pas moins un objet de débat et de questionnement.

A quoi cela sert-il donc de réfléchir sur les ressources numériques, annonce Michel Guillou, alors qu’il existe une certaine infobésité, une facilité d’accès et une communauté de consommateurs ? Si la disponibilité et la qualité semblent assurées, il reste cependant beaucoup de questions à se poser sur l’usage.

Le but n’est-il donc pas de mieux comprendre comment les professeurs s’approprient les ressources numériques et y accèdent plutôt que de se focaliser sur l’étendue et la qualité d’accès à l’offre? Il y a donc lieu de cerner les enjeux posés par la mise en place de ces ressources nouvelles dans les apprentissages.

Etat actuel de la filière « ressources numériques »

La ressource actuellement est issue d’une multiplicité d’acteurs, elle est soit produite par l’enseignant dans le cadre de sa préparation de cours, par l’éditeur lors de la construction de son offre, par des équipes universitaires multidisciplinaires (comprenant contenus, concepteurs, réalisateurs, ressources éditées par professionnels) ou encore du pouvoir public au travers de bibliothèques telles qu’Edubase, Edugéo ou Eduthèque.

La mutitude d’acteurs peut engendrer quelques difficultés en matière de mise à disposition, de diffusion ou encore de gestion des droits directs ou dérivés.

Des ressources de type, de caractère et d’usages très hétérogènes

Comme le présente Alain Thillay de la D.N.E., le terme « ressource » est polysémique,  il peut signifier un contenu, un contenu et service associé, ou encore un outil. Il précise que l’on a tendance à tout regrouper. La ressource matérielle fait partie du cadre général, elle n’est pas au cœur du métier de l’enseignant. Ceci dit, il reconnaît que sans matériel, le reste ne peut pas se réaliser.

On peut aussi établir, toujours selon Alain Thillay, une catégorisation. Tout d’abord des ressources éditoriales (faites par un groupe, une association, un éditeur), ensuite des ressources éditoriales d’opportunité, n’étant pas à priori conçues pour l’enseignement, mais utilisées comme telle par les enseignants et, enfin, les productions des enseignants (spécialement pensées pour enseigner et apprendre).

Ces ressources numériques éducatives ont par ailleurs diverses approches : apprendre à chercher, susciter l’analyse, ou encore évaluer, publier et partager. C’est à cette dernière activité que le numérique apporte le plus.

Grâce au numérique, il est plus que jamais possible de faire passer les ressources des uns aux autres (enseignant à enseignant ou à élève, élève à élève). L’enjeu majeur de ces flux de ressources étant d’améliorer la « découvrabilité » de ces ressources au travers  de portails, de l’utilisation de métadonnées, de techniques d’indexation et de leur apporter une médiation pédagogique. En effet un simple catalogue de ressources ne met pas spécifiquement en valeur l’usage qui peut en être fait, ni la pertinence.

L’enseignant, plus que simplement consommateur

A l’exemple de ce que développe Kristophe Léonard dans sa classe, la ressource numérique doit être abordée par ce qu’elle permet de réaliser en classe avec les élèves. C’est le potentiel qu’offre la technique pour générer de nouvelles situations d’apprentissage, pour personnaliser l’enseignement ou avoir un retour sur ce qu’a fait chaque élève qui est ainsi mis en oeuvre

Les situations nouvelles peuvent ainsi être privilégiées en ne considérant plus la ressource comme simple élément de consommation, mais comme une invitation à créer et innover à partir d’outils. Ces ressources issues du travail personnel de l’élève construisent un lien plus fort, génère de la valorisation et de la motivation.

Les pouvoirs publics comme liant de la filière et moteur de diffusion

Le rôle par exemple de la D.N.E. sur des projets comme Eduthèque est de centraliser et mettre en valeur, sur un portail construit pour les enseignants, des ressources pédagogiques s’appuyant sur des références d’établissements publics à caractère culturel et scientifique.

Ces ressources disposent de granularités qui permettent aux enseignants de s’approprier le contenu et le mettre en oeuvre dans des démarches pédagogiques multiples.

Ces ressources hébergées et libérées de certains droits ont pour vecteur principal de diffusion les E.N.T. disponibles dans les établissements, mais pas seulement.

Il reste cependant un travail considérable à effectuer sur l’enrichissement de l’offre, l’augmentation des participants et de la participation. Pour ce faire, un besoin d’exemplarisation des contenus structurés par des enseignants se fait sentir. Un appel à la production de scénarios et de parcours pédagogiques utilisant ces ressources doit être lancé.

L’éditeur, expert et producteur de contenu riche

La mission de l’éditeur, selon, Sophie Vigneron, concerne autant la forme que le fond, dans la juste sélection des contenus, l’agencement, la vérification, et leur exploitation originale à des fins d’enseignement.

L’offre des éditeurs étant constituée de contenus granulaires et structurés (parcours pédagogiques, manuels scolaires) intégrés ou non dans les outils de l’école, l’enseignant reste l’acteur principal de la médiation des contenus, dans une optique de réduction des inégalités et d’individualisation de l’apprentissage.

La pertinence de l’offre, comme le rappelle Kristophe Léonard, se trouve dans les contenus les plus complexes à illustrer. C’est dans cette démarche que l’éditeur peut devenir un acteur encore plus intéressant pour les enseignants.

Une filière complète, des projets à venir

En conclusion, et pour revenir sur le début de ce billet, le fait est que les ressources numériques sont présentes et disponibles ou produites au travers des différents acteurs de la filière. La démarche actuelle de généralisation doit donc mettre le focus sur les étapes suivantes, soit la médiatisation des contenus, la mise en valeur pédagogique et la diffusion de ceux-ci dans un cadre de droit permettant des usages fluides pour les intéressés, les enseignants, mais aussi les élèves ou étudiants.

L’appropriation de ces contenus et des compétences liées aux apprentissages ne pourra être pleinement accomplie que par une possibilité d’appropriation de ceux-ci par les étudiants.

 

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