Table ronde « Apprentissages sur une planète 3.0, comment peut-on intégrer la culture numérique et éviter la fracture numérique ?

Table ronde « Apprentissages sur une planète 3.0, comment peut-on intégrer la culture numérique et éviter la fracture numérique ?

14h30-16h00  Chapiteau jardin

Problématique :

Le numérique fait aujourd’hui partie de notre existence et d’autant plus du quotidien des jeunes générations. Comment un enfant, dès son plus jeune âge, entouré d’objets numériques connectés, peut-il comprendre ne pas en trouver à l’école, dans les lieux de culture, bibliothèques et médiathèques ou encore sur son temps périscolaire, pour accompagner ses apprentissages ?
Faire comprendre que numérique n’est pas seulement synonyme de loisirs et de distraction et éduquer au numérique : n’est-ce pas désormais une de nos missions ?
Utiliser les réseaux sociaux, “twitter“ ou encore “jouer“ en classe sont les nouvelles pratiques envisagées. Est-ce pour mieux consommer le numérique et s’en servir pour produire, fabriquer et créer ?
Quelles sont les clés qui nous permettront de mettre à profit les connaissances numériques développées naturellement par les jeunes au service des compétences, celles-ci même qui sont aujourd’hui indispensables pour évoluer en tant que citoyen et futur acteur du monde professionnel ?

Intervenants :
Soledad Messiaen enseignante 1er degré AC Poitiers, Odile Chenevez CLEMI Aix-Marseille, Jamel El Ayachi, principal du collège du Mas d’Azil, Ariège, Blandine Raoul-Réa DNE, Tralalere, Retours d’expérience liseuses Département Ariège (à confirmer)

Modérateur : 
Jean-Marie Gilliot

Rapporteurs & synthèse :
Stéphanie de Vanssay et François Jourde

C’est quoi une culture numérique ? Aurélie Steunou-Guégan expose comment les activités périscolaires de Tralalere s’emparent de cette question. Société de production de contenus numériques ludo-éducatifs pour les moins de 18 ans, Tralalere produit en partenariat avec des institutions publiques des ressources gratuites, des serious games, des dessins animés. Elle organise notamment depuis deux ans de “coding-goûters”, qui initient à la programmation pour rendre les enfants plus conscients de leurs usages numériques et les sortir d’une logique de consommation. Pour Tralalère, ne pas être initié au code est une nouvelle forme d’illettrisme et aggrave la fracture numérique. Dans la même optique, Tralalere est en charge du comité de pilotage du programme “Internet sans crainte” qui veut créer des outils déclencheurs de débats, pour accompagner les enseignants et développer le lien école-maison et les échanges dans les familles.

Catherine Saint-Martin, représentante de Bibliothèque de prêt de l’Ariège, expose les  expérimentations qui ont été lancées dans les bibliothèques du département : 4 bassins de lecture, hors du contexte de l’école, pour découvrir des objets et des services de la lecture et de la culture numériques : liseuses, tablettes, plateformes en ligne, service de vidéo à la demande (en partenariat avec Arte), service de presse en ligne, mais aussi ateliers autour d’applications numériques et ludiques. C’est ici tout un programme d’acculturation numérique des usagers et du personnel d’accompagnement qui est proposé.

Soledad Messiaen (enseignante du premier degré dans l’académie de Poitiers) explique comment elle conduit ses élèves à consommer et à produire du numérique. “La culture numérique c’est l’usage de l’outil, mais aussi l’éducation aux médias !” C’est la raison de l’utilisation d’un réseau social en classe : les élèves ne savent pas se servir pleinement ni consciemment des réseaux sociaux, notamment concernant l’identité numérique. Un projet twittclasse permet de les éduquer — sans diaboliser — et de valider les compétences du B2i — sans faire du B2i !

Pour Odile Chenevez (CLEMI Aix-Marseille), il faut en effet une éducation aux médias. Celle-ci doit définir ce que les élèves ont besoin de savoir pour devenir des citoyens éclairés, créatifs et actifs dans une société numérique. Ici, les apprentissages sociaux spontanés ne suffisent pas ! Le rôle de l’école est de donner aux élèves des situations qui leur permettent de construire ce savoir.  Odile Chenevez déplore que l’on parle trop aux élèves du numérique en termes de lois et d’interdits, au lieu d’avoir une approche véritablement citoyenne. Certes, publier est aujourd’hui à la portée de tous, — mais cela s’apprend ! “Savoir créer des contenus ne suffit pas, publier c’est aussi apprendre à pouvoir répondre de ce que l’on publie”. C’est pourquoi il est essentiel de développer le savoir de l’enquête, par une pédagogie socio-constructiviste. Il s’agit de développer des stratégies d’apprentissages à partir de vraies questions, ouvrant sur une enquête et afin de construire une réponse après une enquête. Odile Chenevez constate que le webdocumentaire est un format particulièrement bien adapté pour de tels projets, pour apprendre à enquêter sur le Web en développant des stratégies à partir de questionnements complexes.

Jamel El Ayachi, principal du collège du Mas d’Azil en Ariège, relate avec que enthousiasme il s’est emparé de l’ENT dans son établissement, mais aussi comment il a mis en place une utilisation coordonnée des médias et des réseaux sociaux pour diffuser les activités scolaires et les productions des élèves (notamment une chaîne Youtube). Il voit dans cette démarcge une manière de réduire la fracture numérique, en montrant aux élèves — et aux enseignants — une autre façon d’utiliser les réseaux sociaux. Cela produit aussi une dynamique d’établissement et d’équipe, mais il faut savoir déléguer les tâches !

TR2 proviseur

Blandine Raoul-Réa (Direction du Numérique pur l’Education) replace le débat sous la lumière de la circulaire de rentrée et souligne combien la DNE promeut la généralisation des pratiques et des usages raisonnés et responsables du numérique ; mais aussi l’accès aux réseaux et aux ressources (formation des enseignants et diffusion des pratiques). Il est essentiel de mutualiser les initiatives des enseignants, et la DNE a pleinement intégré ce changement de paradigme, comme le montre le déploiement de ses réseaux sur notre territoire.

Odile Chenevez rappelle qu’apprendre la culture numérique, c’est aussi apprendre à contribuer. L’opération Wikiconcours répond exemplairement à ce défi. Cette opération a montré l’écart avec la culture enseignante, en tant qu’elle ne veut publier que quand l’écrit est “fini”. Or, il faut aussi apprendre à soumettre son travail aux réactions des wikipédiens, à leurs modifications justifiées ou intempestives, et à devoir se plier à des règles d’édition complexes et très strictes. “En publiant un écrit non encore finalisé, on génère le débat et les échanges en ligne.On fait pour de vrai, mais dans un cadre protégé par Wikimedia.

Michel Guillou déplore alors que publier est une compétence essentielle pour demain ; “savoir publier” ne figure même pas dans le projet de nouveau socle commun écrit par le CSP (Conseil Supérieur des Programmes) : il va falloir l’ajouter ! L’expression “culture numérique” existe-t-elle seulement dans les textes du Ministère ? Jamel El Ayachi considère qu’elle est intégrée dans l’ensemble des programmes… On retombe ici sur l’éternelle question du numérique qui doit être partout au risque d’être nulle-part, ou qui a son chapitre et risque de rester dans un silo.

Une personne réagit dans la salle (le chapiteau) en affirmant que tout ce qui a été évoqué pendant la table ronde est strictement interdit : usages des réseaux sociaux… Il est alors rappelé que le chef d’établissement est libre et autonome sur ces points, qu’il peut lever les filtrages et autoriser les usages. Il y a beaucoup de fantasmes sur ce qui serait “interdit par le ministère” et cela arrange certains comme prétexte pour ne pas se lancer ni prendre de risque. Serge Pouts-Lajus tient à dire que ce sont les établissements qui décident de leurs publications, car ils sont responsables en dernier recours : ce n’est pas une question à poser au ministère ! Les enseignants doivent aussi oser et doivent notamment se saisir des conseils pédagogiques pour prendre la parole et pousser leur projets.

demon-internet

Enfin est posée la question de la culture numérique des IEN et des cadres en général… Pour Claude Tran, il faut former les chefs d’établissement et les corps d’inspection :  “la culture générale de l’encadrement influence les pratiques numériques”.

Comment tirer tous les bénéfices de l’horizontalité du numérique dans un contexte hiérarchique ? Un défi à relever !

J.-P. Moiraud remarque qu’il faut intégrer le développement de compétences des enseignants dans leur promotion de carrière.

Lien vers les tweets diffusés au cours de la table ronde

 

 

 

 

 

 

 

 

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