Séminaire Collectivités Territoriales et établissements du XXIème siècle – Session 1

Séminaire Collectivités Territoriales et établissements du XXIème siècle – Session 1

10h45-12h45 au Chapiteau jardin

« Etats des lieux, rapports, études et constats, les projets et les perspectives de réforme territoriale..»

Ouverture par Robert Zonch, Vice-Président du Conseil Général de l’Ariège en charge de l’éducation

Introduction par ECONOCOM partenaire VIP du séminaire 2014

Présentation des résultats de l’Etude sur « le numérique éducatif et les collectivités territoriales » 2013-2014
(Réalisée par LUDOVIA MAGAZINE en partenariat avec ARF/ADF et ANDEV et avec le soutien des partenaires industriels
PROMETHEAN, SMART, MICROSOFT, INTEL et SFR)

Le rapport Claudy Lebreton sur « Les Territoires Numériques dans le France de Demain » face au contexte des territoires de demain.

Rapporteurs et synthèse du séminaire :
Marie-France Bodiguian du cabinet AMOTICE et Jean-Paul Moiraud

L’étude présentée est disponible sur https://magic.piktochart.com/output/2443820-education-numerique-et-collectiv

Synthèse :

Les débats du séminaire collectivités locales se sont déroulés pendant le temps de l’Université d’été Ludovia. Je ne connais pas d’autres espaces de débats qui réunissent les divers acteurs du monde de l’éducation. Ludovia sait réunir les enseignants, les chercheurs, les représentants de l’éducation nationale, les représentants des collectivités locales, les représenttants des entreprises conceptrices de solutions technologies numériques.

Ludovia réunit et doit évoluer vers la capacité à faire collaborer tous ces acteurs. Collaborer est le terme phare, à la mode mais il faudra un jour ou l’autre le mettre en musique.

Ludovia avait organisé des débats autour des politiques des collectivités locales. Des débats qui se sont déroulés dans un contexte de modification législative. Le contexte de reconfiguration des régions, le possible effacement des départements, les difficiles rapports entre État et collectivités locales a marqué les débats de cette session. Entre centralisation et décentralisation, jacobinisme et girondisme les débats ont été riches.

Les compétences transférées, celles à transférer engagent à engager des réflexions sur les politiques d’investissement dans le domaine du numérique versus monde de l’éducation. Les débats ont été organisés au sein du triangle collectivités locales / entreprises / éducation. Les retours d’expériences (REX) ont permis de faire le point sur les usages. Les écosystèmes se complexifient, il est nécessaire de penser l’introduction du numérique sous un angle systémique. Un système nouveau se fait jour, il invite à repenser de nouveaux équilibres, inventer, innover les organisations sans sombrer dans un “effet diligence” administratif.

1 – Premier atelier

Les collectivités locales confrontées aux lois de décentralisation qui leur attribuent des compétences en matières scolaires doivent gérer leurs politiques d’investissement dans le domaine scolaire. Les enjeux sont de satisfaire un principe d’égalité devant le service public.

Intervention de Madame Sophie Hirat de la société Econocom[1] qui est un groupe de service européen (Franco-Belge) qui emploie 6500 collaborateurs. Elle travaille avec les collectivités locales pour les questions d’ingénierie pédagogique. Elle exerce ses compétences dans divers domaines :

  • Ingénierie financière
  • Distribution de matériels numériques
  • Services, maintenance, hébergement
  • Intégration

Sur son site[2], elle se définie ainsi :

Groupe européen de services numériques aux entreprises, fort de 8 000 collaborateurs dans 20 pays depuis l’acquisition en septembre 2013 d’Osiatis, Econocom est conscient de l’impact de ses activités :

  • sur le plan sociétal et environnemental en tant que prestataire de service et au travers des produits distribués, maintenus ou loués,
  • sur le plan de l’éthique des pratiques et des consommations et émissions, par les comportements au quotidien.

2 – Les retours d’usage et d’expérience (REX)

La table ronde a permis de confronter les expériences des collectivités locales. Il apparaît que la question centrale est le besoin de collaboration autour des projets engagés. Quelle collaboration entre collectivités locales et État, quels liens entre équipements et pédagogie ? Quelles sont les politiques à adopter par les collectivités locales à l’endroit du numérique, agir ou observer ?

Mutualiser les investissements institutionnels dans les collectivités ? Opter pour le BYOD (bring your own device) ou rester sur des investissements uniquement institutionnels ? Quelle place pour les opérateurs privés dans les dispositifs mis en place ?

La question de l’égalité de l’accès au service public était présente dans les débats

L’intervention dans le domaine du numérique éducatif est de moins en moins morcelée, elle s’opère dans une vision d’ensemble. Cette évolution récente est la résultante de la complexité du système qu’est un établissement. L’établissement est un éco-système dans lequel interviennent de nombreux acteurs qui entretiennent des relations complexes.

De nombreuses personnes interviennent au sein de cette structure réticulaire (enseignants, élèves, chef d’établissement, Rectorat, collectivités locales) et doivent de façon plus ou moins fortes entretenir des liens de coopération et de collaboration.

Des projets sont en cours :

Aux Mureaux un projet est initié auprès des élèves de CM1 et CM2. Des outils numériques ont été achetés. La stratégie initiée consiste à passer par le filtre de l’appréciation des enseignants. C’est l’enseignant qui décide si l’élève peut repartir avec la tablette[3]

A ) Intervention de JP Quignaux

Nous sommes en train de vivre une période d’expectative au moment où il faut équiper les établissements en numérique. Les politiques des collectivités locales s’interrogent sur les enjeux de cette période de basculement. Il faut réaménager, redéfinir les politiques afin de trouver des équilibres nouveaux. Cette évolution ne se fait pas sans heurts et incertitudes car la tentation de se raccrocher au système ancien est grande.

Les questions de management et de financement sont devenues centrales dans l’élaboration des politiques du numérique éducatif des collectivités locales. Dans cet environnement instable et changeant, il est nécessaire de collecter des informations auprès des acteurs et artisans des politiques du numérique éducatif.

B ) L’enquête [4] Ludovia – ARF

Dans cet objectif l’ARF et Ludovia ont initié la seconde étude auprès des collectivités locales dont l’objectif est de mieux comprendre les stratégies et politiques engagées. La question centrale consistait à mieux cerner comment est structuré le numérique éducatif.

Eric Fourcaud précise en préliminaire à la présentation que ce sont les grandes collectivités locales qui ont répondu au questionnaire, ce qui porte le nombre de réponses à 58. Ce nombre n’est pas statistiquement significatif mais il faut noter cependant que l’enquête permet quand même d’esquisser des grandes tendances actuelles.

L’enquête a été menée dans une conjoncture politique peu favorable compte tenu de la période électorale et des réformes du gouvernement en matière de décentralisation et de transfert de compétences.

Il est utile de préciser en introduction que les partenaires naturels des collectivités pour mener à bien les projets sont : l’Éducation nationale, le réseau Canopé, les autres collectivités, les associations, les profs. On souligne ici à nouveau le cadre réticulaire qui fondent la mise en oeuvre des projets. Les collectivités locales sont au centre d’un écosystème complexe, terreau de l’élaboration des politiques d’équipement.

  • Les collectivités se positionnent dans un segment ou elles sont tantôt leaders, tantôt financeurs passifs[5]. L’étude fait émerger la problématique suivante : c’est la formation aux usages qui est la priorité et le point noir[6]. Dit en d’autres termes il faut dépasser le caractère massif des investissements pour se pencher sur la façon dont ceux-ci sont instrumentés par la communauté enseignante.
  • C’est le correspondant TICE qui fait remonter les infos. Cela pose la question de son statut, il devrait être revu pour lui donner une place plus importante et plus pérenne dans les stratégies pluri-annuelles[7].

Quelles sont les directions qui pilotent la politique numérique ? (DSI, direction éducation)

Dans les communes on privilégie les équipements mobiles alors que dans les autres collectivités locales on engage des stratégies plus pérennes.

Les collectivités locales aimeraient passer de l’expérimentation à la généralisation des usages.

Pas de cahier des charges pour les usages[8]

L’évaluation est encore très pauvre. Que recouvre cette notion ? A 46 % on a pas de retours sur les usages[9].

Le taux de connexion est souvent utilisé comme indicateur d’usage (que penser de cette attitude ?)

Dans l’évaluation on ne parle pas ou ou peu d’objectifs, pas d’indicateurs.

Les collectivités veulent des chiffres pour pouvoir investir plus avant. Les collectivités veulent obtenir des informations et une évaluation partagée avec l’éducation nationale. Une harmonisation est vivement souhaitée.

Les critères d’achat des matériels :

Le coût est un critère déterminant, la présence de ressources et les usages possibles.

La question sur le BYOD (bring your own design) est évoquée, peut-il être une solution ? La question principale est la sécurité, trop de problèmes de sécurité. La peur d’intrusion dans les réseaux.

Passé la question de sécurité le BYOD pourrait être une solution (dans d’autres pays cela se fait).

Les infrastructures internet, beaucoup d’ établissements sont connectés

L’équipement en ordinateurs est moins prioritaires dans les politiques à mener, les TBI prioritaires mais en baisse. Les incertitudes sur 2015 impactent les décisions où dit en d’autres termes les questions budgétaires auront un impact sur les politiques d’équipements.

Les tablettes sont plébiscitées, les vidéosprojecteurs tendance TBI aussi, le TNI se stabilise.

Le poids de la maintenance dans les budgets, l’impact des rythmes scolaires. Des stratégies attentistes face aux évolutions structurelles.

A terme les investissements seront affectés. La mutualisation des services par les collectivités locales est une question très présentes car elles engendrent mécaniquement des économies d’échelles (elles sont consubstantielles au contexte de restrictions budgétaires notamment lorsque l’État transfère de nombreuses charges)

Les questions posées par la salle :

Jean Raynaud ARF – Oui le numérique est une priorité pour les régions. Les lycées ont un taux d’équipement qui les place au 4 rang européen.

Les investissements obligent à développer une gestion fine car les équipements divergent selon les formations (lycées)

  1. Lajus souligne qu’il faut évaluer les politiques publiques des collectivités. L’éducation nationale fait des évaluations qui portent sur des critères différents que ceux des collectivités locales (formation des enseignants par exemple).

 

Eric Fourcaud souligne que les objectifs des collectivités sont d’investir pour les usagers, pour le “client” final (l’élève)

La communication des collectivités et de l’éducation nationale divergent aussi. Il est souligné qu’il n’y a pas de processus à l’éducation nationale pour valoriser les expériences des enseignants alors que les collectivités valorisent les expériences.

Le problématique s’articule entre la politique du chiffre et le besoin de valoriser les expériences

Jean-Loup Burtin (FORMATICE)

Une question qui émerge est celle de l’hétérogénéité des collectivités locales. On peut dresser une typologie en fonction de critères bien identifiés :

  • Le type de collectivités locales (communes, départements, régions)
  • La taille des collectivités locales (de la très grande à la très petite)

 

Les politiques de développement du numérique éducatif sont impactées par la taille et par extension par les capacités financières. Fort de ce constat, les représentants des communes posent la question de la solidarité entre grandes et petites structures.

C ) Le rapport de Claudie Lebreton[10] de septembre 2013, commandé par Cécile Duflot

Le rapport fait 22 propositions sur la base d’un travail d’audition de spécialistes de diverses disciplines. Le rapport repose sur un diagnostic à ne pas négliger qui donne la mesure des évolutions.

  1. Les inégalités d’accès sont en train de se réduire ;
  2. Les inégalités désormais sont à chercher dans les modalités d’accès à l’information. Les lignes de fracture sont à rechercher dans une société qui a plus subi que souhaité la révolution numérique. L’information est dominée par les GAFA[11]. Nous sommes dans une situation suiviste plus que de leader compte tenu des éléments cités précédemment.
  1. Nous sommes dans une situation de domination par les GAFA où la logique de l’information est dans les mains de grands groupes internationaux. On passe dans la sphère de l’économie prédictive[12]. Les entreprises cherchent (et arrivent) à profiler les consommateurs, remet en cause, d’une certaine façon les libertés personnelles et collectives (“le produit c’est toi”).

 Notes de bas de page :

[1] Econocom – http://www.econocom.com/fr

[2] Econocom, le site – http://www.econocom.com/fr

[3] Note du rédacteur : comme La démarche est surprenante car si l’on fait un parallèle avec le système livre, Imagine t-on une phase de réflexion / jugement pour décider qui aura un livre ou pas ?

[4] Enquête – http://www.ludovia.com/2013/10/lancement-deuxieme-edition-letude-numerique-educatif-les-collectivites-territoriales/http://www.ludovia.com/2013/12/les-collectivites-locales-analysent-leurs-politiques-en-matiere-de-numerique-educatif/

[5] NDLR – Ce qui pose la question sensible de l’action pédagogique des collectivités, on vit toujours sur la fiction de la répartition suivante, l’État pilote la pédagogie et les collectivités locales financent les équipements.

[6] NDLR – Ce qui est une façon de dire certainement que le monde enseignant freine

[7] NDLR : On voit émerger ici le grand tabou français. La décentralisation en matière éducative vit sur le principe de la séparation éducatif / équipement ou dit autrement le pédagogique pour l’État, les équipements pour les collectivités.

[8] (NDLR – que recouvre cette notion ?)

[9] NDLR : L’appréciation sur les usages renvoie à nouveau sur le système Français jacobin qui vit en permanence dans le paradoxe du “je décentralise mais c’est quand même avant tout l’État qui pilote”

[10] Le rapport Lebreton – http://www.courrierdesmaires.fr/wp-content/uploads/2013/09/numerique-rapport-c-lebreton2013.pdf

[11] GAFA – http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/g-a-f-a-l-acronyme-d-un-quatuor-147955

[12] L’économie prédictive – http://www.cairn.info/revue-regards-croises-sur-l-economie-2008-1-page-118.htm

 

1 Comment

  1. A quelle date pourrons nous lire la synthèse sur le Séminaire Collectivités Territoriales et établissements du XXIème siècle – Session 1 ?
    Merci !

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